Posts Tagged ‘Us et coutumes’

Courrier du lecteur… ( 1ière partie)

Sunday, November 15th, 2009

Je reçois depuis quelques temps des questions de votre part, toutes plus intéressantes et pertinentes, les unes que les autres. J’ai alors décidé de débuter une nouvelle chronique pour y répondre. Malheureusement, mes occupations trop nombreuses et mon peu de temps a fait en sorte que j’ai demandé à une collaboratrice de m’épauler. De la sous-traitance de bon aloi, en quelque sorte…

Je vous la présente. Il s’agit de Sœur Ella Tulafère, une religieuse belge qui était, jusqu’à tout récemment, directrice générale de l’hôpital de Dubié. Maintenant à la retraite, elle vient se la couler douce à Shamwana. Femme d’une grande expérience, elle est arrivée en RDC en 1963, dans ces toutes premières années ( troubles) de l’accession du Congo à l’indépendance. Elle parle couramment le kiluba, le swahili et le lingala, et connaît toutes les subtilités de la culture d’ici. Je lui laisse donc la parole, et le soin de se présenter plus longuement.

«  Mèrcii, Denis, de me pèrrmettre de faire part à tes amis lecteurs de mon expérience de vie au Congo. Je tenterai humblement, mais avec toute la rigueur qui s’impose, de répondre à toutes vos questions, de la plus sotte à la plus pertinente! Que Dieu me vienne en aide!  Mais trêve de bavardage, passons à la première question.

 L…, une lectrice de Rosemont, à Montréal, nous demande :

« Comment se manifeste la fierté,  la coquetterie chez ces gens? »

Sr. Ella : ( disons que celle-là, elle est plutôt dans la catégorie des questions sottes, mais enfin…) Chère L…, ta question reflète bien les préoccupations superficielles et « flashy »  affligeant nos sociétés occidentales! Rien pour me faire regretter le choix de quitter ma Belgique natale! Mais pour répondre plus directement à ta question, je dois bien avouer que la coquetterie fait également ici beaucoup de ravage…

Cela est particulièrement évident le dimanche, où comme par chez-nous, les gens s’ « endimanchent » de leurs plus beaux vêtements pour aller rendre grâce au Seigneur. Je me permettrai une anecdote pour illustrer mon propos. En visite dans un lointain village, il y a de ça  quelques années, je tombe sur une femme plus très jeune, dépenaillée, aux vêtements sales et affalée face à sa hutte plutôt misérable.  Après consultation, je lui ordonne de m’accompagner  au Centre de Santé le plus proche pour consulter l’infirmier de service.  «  Pas tout de suite, pas tout de suite! » me répond-elle. Et de se réfugier dans sa hutte, pour revenir quelques minutes plus tard lavée, et vêtue de son plus beau pagne coloré! Et oui, il n’était pas question de sortir voir le « docteur » sans être vêtue de ses plus beaux atours. Ainsi donc, même chez les plus pauvres, réside encore un fond de fierté et de coquetterie ( un brin de dignité, peut-être… il faudrait que j’y réfléchisse). Cette coquetterie se manifeste aussi par les coiffures élaborées et les perruques originales dont s’affublent les femmes d’ici. Denis me disait justement qu’il était à préparer un reportage-photo uniquement autour de cette question ( une façon pour lui de se rapprocher de ces femmes magnifiques, le coquin!). Passons à une seconde question.

Us et coutumes…et sorcellerie! ( 1ère partie)

Saturday, September 5th, 2009

Une nouvelle chronique « culturelle », si j’ose dire, que j’inaugure aujourd’hui , à la demande de quelques uns d’entre vous. Sujet délicat. Comment parler de quelque chose d’inconnu à sa propre culture, sans porter de jugement, tout en essayant d’en comprendre le « rationnel »???

Et si je vous racontais les histoires de vie telles qu’elles déboulent régulièrement dans le tukul de la santé mentale?

«  C’est l’histoire d’un gars… »

…qui arrive un beau matin pour rencontrer un conseiller. Le jeune homme, dans la vingtaine, est en pleine crise homicidaire et suicidaire : il est sur le point d’aller trancher la tête de son père et de s’enlever la vie par la suite! On apprendra que Julien, -appelons-le ainsi- est impuissant depuis trois ans ; ce qui le fait beaucoup souffrir et a même entraîné un divorce. Interrogé sur le début de son « manque d’entrain », le jeune homme dira que sa maladie est due à un mauvais sort jeté par son père. Comme ce dernier refuse, pense-t-il, de reconnaître sa responsabilité dans sa maladie, il ne lui reste plus qu’à le tuer et en finir lui-même avec la vie. L’exploration de la situation du jeune homme révèlera l’existence d’un grand conflit : le père ne voulait pas du mariage de son fils tant qu’il n’avait pas terminé ses études, mais le fils a passé outre et a tout de même convolé en « justes noces ». Finalement, le conseiller finira par faire voir à Julien que son impuissance est peut-être due à des causes médicales, et le convaincra de venir consulter à l’hôpital dans quelques jours, en prenant soin de s’assurer qu’il mette en suspens ses sombres plans de tuerie. Fin du premier acte.

Consultation médicale à l’hôpital : le Julien bande normalement, a des pollutions nocturnes à qui mieux mieux, la plomberie est en parfait état de marche. C’est entre les deux oreilles que ça se passe – on s’en serait douté!- . Le conseiller rencontre le jeune homme et tente de recadrer cette nouvelle information comme une bonne nouvelle, en quelque sorte, pour lui donner un peu d’espoir et  l’amener à explorer d’autres pistes pouvant expliquer son état;  par exemple, quel était l’état de sa relation conjugale avant le divorce, ou encore, comment a-t-il vécu l’épisode de la guerre récente ( hypothèse d’une manifestation de stress post-traumatique). Mais le client n’en est pas là, il n’en démord pas : la cause de ses déboires c’est le mauvais sort jeté par son père, et c’est lui qu’il faut rencontrer pour régler son problème.  Qu’à cela ne tienne, le conseiller propose d’organiser une prochaine rencontre familiale. La famille demeure dans  un village à près de 3 heures de route d’ici. Le conseiller étant de passage là-bas la semaine d’après,  il contactera le père pour lui proposer cette rencontre. Julien reprend espoir, la crise est passée. Fin du deuxième acte.

Us et coutumes…et sorcellerie! ( 2ième partie)

Saturday, September 5th, 2009

Entrevue familiale, la semaine d’après. Tout le monde y était, ou presque : le père, la mère, les trois sœurs, le frère, le beau-frère, et Julien, bien sûr.  Beaucoup d’émotions et de colère dans cette rencontre : le père en crisss que son fils ait voulu le tuer et surtout, qu’il l’ait accusé devant tout le village d’être un sorcier; le fils accusant le père de lui avoir jeté un sort et lui reprochant de ne pas prendre sa responsabilité de père de le soigner; la mère pleurant devant ce conflit qui n’en finit plus de finir; le frère se plaignant lui aussi de la tyrannie du père; les sœurs pleurant en silence. Cette première partie de l’entrevue se terminera en recadrant que, malgré la colère légitime du père et la souffrance tangible du fils, la famille s’est enfin retrouvée après plusieurs années pour tenter de trouver une solution à ce conflit. Et solution il faudra trouver : le nœud du problème résidant, selon le père, dans cette accusation qu’il a ensorcelé son fils, pour le rendre impuissant, afin de le punir de sa désobéissance de s’être marié sans son consentement. Entracte du troisième acte.

Car il aura fallu ajourner l’entrevue pour la reprendre en après-midi, après une heure et demie de « purge émotionnelle ». On reprend donc. Les esprits sont plus calmes, on peut enfin discuter d’une solution au problème. Le père propose d’aller voir un « féticheur » qui lui, tranchera si oui ou non, il est un sorcier. Le fils est d’accord pour faire cette démarche avec son père, même s’il est toujours convaincu de son point de vue. (NDLR : Une petite explication s’impose.  Il est de la responsabilité du père de voir au bien-être des membres de la famille; dans sa colère contre son fils pour lui avoir désobéi, le père a pu proférer des paroles dures envers lui; mais sans le savoir, quelqu’un a pu s’emparer de ses paroles et les transformer en mauvais sort envers le fils. C’est la version du père. Seul un « féticheur » pourra corroborer cette version, ou au contraire,  déclarer que le père est vraiment un sorcier. S’il s’avère que le père n’est pas un sorcier, il s’engage à prendre la responsabilité de s’occuper de son fils et le conflit est terminé. S’il s’avère que le père est déclaré sorcier, alors, on est encore dans l’impasse) . Nouveau problème à l’horizon : qui va payer pour aller voir le « féticheur »? ( car évidemment, ce n’est pas couvert par l’Assurance-maladie…) Le père veut que les frais soient payés par lui et le fils; Julien refuse obstinément, prétendant que c’est de la responsabilité exclusive du père. C’est la mère qui dénouera finalement l’impasse, en s’engageant à payer la part du fils à même ses économies et la vente de quelque récolte. Ne reste plus qu’à recueillir les sommes en question, obtenir la permission du chef de groupement pour rencontrer le féticheur, tout cela prendra un certain temps, mais c’est la solution sur laquelle tous s’entendent. Fin du troisième acte.

Cela vous donne une petite idée de mon travail. Les deux premiers actes, nous avons eu des discussions de cas  en équipe, pour aider le conseiller à faire face à cette crise et envisager d’autres hypothèses sur les causes du problème du jeune homme. J’ai co-intervenu avec le conseiller dans les entrevues familiales, car là, il se sentait vraiment dépassé.

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Que penser de toute cette question de la sorcellerie? Chose certaine, on ne peut pas passer à côté : c’est omniprésent dans le mode de pensée et d’explication du monde des gens d’ici. Veut, veut pas, tu dois « dealer » avec ça. Je ne peux m’empêcher également de croire qu’il y a beaucoup d’exploitation là-dedans, car les « féticheurs » gagnent assez bien leur vie, merci… Et surtout, ce que je crains, c’est qu’on ne réussisse pas à amener la recherche de solution à l’extérieur de ce paradigme : si  ce n’est pas le père le sorcier, ce sera quelqu’un d’autre…  et passer à côté du véritable conflit père-fils présent dans cette situation. Mais on verra bien. On n’a pas le choix, il faut accompagner les gens où ils se trouvent, sinon on les perd.   Au mieux, père et fils seront réconciliés, et le véritable problème abordé,  et qui sait, ça aidera notre Julien à retrouver ses « esprits » !!!

Sans blague!

Sunday, August 30th, 2009

Me promenant au village l’autre jour, qu’est-ce que j’aperçois? Un jeune homme arborant fièrement un beau T-Shirt blanc affublé de l’inscription suivante, en grosses lettres noires: 

«  Notre-Dame-de-la-Merci, 1879-1979 »!

Pour les lecteurs de l’extérieur du Québec , Notre-Dame-de-la-Merci est un tout petit village dans Lanaudière, au nord de Montréal, situé à 25 kilomètres de la maison de campagne de mon frérot Jean-Louis et de ma belle-sœur Lise. Vous imaginez ma surprise! J’en suis resté pantois! Comment diable ce T-Shirt est-il arrivé jusqu’ici? De toute évidence, il existe une filière pour écouler nos restants de vêtements, une multinationale de la guenille qui écume les restes d’inventaire des « Friperies Renaissance », des Villages des Valeurs, des P’tits Frères des Pauvres et les fonds de cloches à vêtements de la FQDI! Vraiment, c’est un mystère. Faudrait  vraiment éclaircir cette énigme!

Jours de deuil, part. 1

Saturday, August 29th, 2009

Vendredi, 8 :25

La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre. Les conseillers réunis au tukul de la santé mentale pour notre caucus matinal, se sont levés d’un bond, l’oreille aux aguets, l’air affolé. Des gens se précipitent, convergeant vers l’hôpital. Les pleurs fusent, les cris déchirants enflent et emplissent l’air soudainement. La nouvelle est confirmée : Daddy, une employée de MSF est morte! Tous, nous nous précipitons vers l’hôpital tout proche; une nuée de personnes s’agglutinent à la porte de la salle où gît la défunte; les uns criant, les autres pleurant, d’autres se roulant par terre, terrassés par la douleur et le chagrin. Une immense clameur envahit la cour de l’hôpital. Je tente tant bien que mal de réconforter les quelques employées connues qui fondent en larmes et en cris déchirants. Soudain, dans la foule, la colère fuse : une violente altercation verbale éclate entre un grand gaillard et une femme , à quelques pas seulement d’où gît la morte. L’homme, membre de l’église fréquentée par Daddy, reproche amèrement à la femme, une proche parente de la défunte, de ne pas l’avoir amenée pour une séance de prière avant de l’amener à l’hôpital, ce qui, selon lui, lui aurait sauvé la vie. Pendant plusieurs minutes, les cris, les pleurs déchirants continueront, à la faveur des allées et venues des gens incrédules entrant et sortant de la salle de l’hôpital pour constater le décès. Puis soudain, la clameur monte d’un cran : la morte recouverte d’un drap, est évacuée sur un brancard, qui a peine à se frayer un chemin dans la foule compacte et tétanisée de douleur.

Daddy est partie. Pour de bon. Elle avait 22 ans; elle travaillait dans la salle même où elle est morte. Elle était aide-nutritionnelle pour les enfants admis en pédiatrie; elle les soignait , les amusait. Un panneau rempli des dessins réalisés par « ses » enfants trône au milieu de la salle et témoigne de son travail quotidien . On l’a ramenée à la maison maintenant.  Aujourd’hui, ce sera la préparation de l’inhumation . Pour tous les employés de MSF, ce sera une journée de deuil et de congé pour ceux et celles qui ne se sentent pas le cœur à l’ouvrage.  Et ils seront nombreux et nombreuses.

Jours de deuil, part. 2

Saturday, August 29th, 2009

Dimanche, 8 :15

Nous avançons lentement et en silence. Nous, c’est la délégation de MSF, composée de 4 expats et de Fulgence, Freddy et Isaac, trois staffs nationaux. Nous traversons de part en part le village, qui apparaît étrangement calme et silencieux; pas d’enfants nous courant après, pas de salut de la part des quelques personnes croisées sur le chemin. Nous sommes en route pour l’enterrement de Daddy.

La maison de la famille est située à l’autre extrémité du village; nous finissons par déboucher sur la parcelle familiale , où on nous invite à s’installer sous le manguier. Près de 200 personnes occupent l’espace : les hommes regroupés sous l’immense manguier, et les femmes disséminées au soleil par petits groupes ou recherchant la fraicheur à l’ombre de l’une ou l’autre des deux petites huttes dispersées sur la parcelle.  Elles entretiennent trois feux, surmontés de casseroles fumantes; plus loin, une autre fait la vaisselle : la continuité de la vie, c’est l’affaire des femmes, toujours.  La foule est complètement silencieuse; aucune parole échangée, les gens attendent, se recueillant . On m’apprendra que beaucoup ont passé la nuit à veiller ainsi la défunte.  La maison de Daddy  occupe le fond de la parcelle;  elle est assez grande, faite de briques et comporte deux pièces; en face de celle-ci, on a accroché plusieurs grandes bâches de plastique, constituant un abri pour la famille immédiate et les membres de la communauté chrétienne à laquelle la défunte appartient.

9 :30

Nous allons rendre nos derniers hommages à la défunte. Accompagnée par un membre de la communauté, la délégation quitte ainsi l’ombre du manguier, sous les yeux de la foule toujours silencieuse. Nous nous glissons sous l’abri de bâches vers  la maison. On nous  invitera à nous déchausser avant d’entrer, une pratique faisant partie du rite pratiqué par la communauté. On nous introduit ainsi dans une des deux pièces de la maison, transformée pour la circonstance en chambre funéraire.  La morte est là, étendue sur une natte tressée, jetée sur le plancher de terre, recouverte d’un drap blanc. A sa tête, une simple bougie, adossée au mur de la chambre; une petite fenêtre laisse entrer une faible lumière de circonstance. Nous ne sommes pas seuls dans la pièce; déjà, 4 ou 5 femmes sont présentes, psalmodiant litanies et chants funéraires. Bercés par ces chants tristes et envoutants, nous nous recueillons et rendons hommage une dernière fois à Daddy.

10 :00

Toujours l’attente,  toujours le silence, à l’ombre protectrice du grand manguier. On attend qu’on ait terminé de creuser la tombe au cimetière, m’apprend-t-on; on a rencontré des difficultés imprévues, il aura fallu changer d’outillage. Mais chose certaine, il faudra inhumer la défunte avant midi, sinon le tout sera reporté en début d’après-midi. Puis, enfin, un mouvement. La chorale de la communauté s’installe sous l’abri de bâches et débute ses chants lancinants et rythmés , accompagnée de guitares, de djembe et d’autres instruments tintants. 

Jours de deuil, part. 3

Saturday, August 29th, 2009

11 :00

La chorale est interrompue par une clameur qui s’élève soudain dans l’air de plus en plus chaud de la matinée qui s’achève : il est temps de transporter la morte au cimetière. En un instant, la foule jusque là dispersée, se rassemble sous le vaste abri de bâches, criant et pleurant. On installe Daddy sur une chaise longue et les gens s’approchent d’elle pour lui faire leur dernier adieu. Puis, après quelques minutes, ça y est : Daddy , recouverte définitivement de son linceul blanc et transportée sur un brancard, prend la tête du cortège. Je me joins à cette foule dans une longue procession de plus d’un kilomètre à l’extérieur du village, en direction de Kabusonji. L’atmosphère s’est complètement transformée : le lourd silence du recueillement est maintenant remplacé par une explosion de cris, de pleurs et de lamentations lancinantes. Nous avançons ainsi lentement, dans cette atmosphère dantesque, en direction du cimetière, sous un soleil de plomb de plus en plus lourd.

Difficile de distinguer l’emplacement du cimetière, dans la savane campagnarde qui nous entoure : pas de croix, pas de clôture, ni de signe distinctif particulier, si ce n’est ces quelques monticules de terre desséchée indiquant la présence des tombes. La foule finit par atteindre le cimetière; la communauté de la défunte entre vers le lieu de la sépulture, pendant que le reste de la foule attend sur le bord de la route. Je m’accroche à  la communauté pour assister à la suite du rite funéraire.  On me demandera d’ôter mes chaussures pour pouvoir assister à la cérémonie.

Les membres de  la communauté, chantant et psalmodiant, forment un cercle compact autour du lieu du dernier repos de Daddy; elle gît là, au côté de sa tombe béante, pendant qu’un prêtre officie un rite chrétien assez traditionnel, jusqu’au moment où un autre officiant, entrant dans une espèce de transe, saute dans le fond de la fosse, en professant, pendant de nombreuses minutes, des incantations endiablées.

Je n’assisterai pas à la mise en terre de la morte, ni à la fin du rite funéraire,  le soleil de plomb devenant de plus en plus insupportable et devant revenir à la base. Mais entourée comme elle l’a été durant ses dernières heures, Daddy est sûrement rendue à bon port.

Que Dieu ait son âme! 

“Party time in Shamwana!”

Thursday, August 6th, 2009

 Samedi passé, c’était jour de fête ! Avec le départ de tout expat á la fin de sa mission, s’ enclanche un véritable rituel,  prévisible et immuable comme le jour qui se lève : l’organisation de la fête de départ, le « farewell party ».

Car c’est toute une organisation : les invitations, avoir de la boisson pour tout le monde – je ne vous ai pas encore parlé des cauchemars d’approvisionnement –  acheter deux chèvres pour la bouffe, préparation des discours, et surtout, respect du protocole!

Etrange party congolais. Imaginez la scène : dans la grande cour de la base, des bancs de bois disposés en carré, où s’entassent les quelques 60 invités : membres du staff, les notables du village, dont notre incontournable « cheuf » de groupement, ainsi que quelques amis du fêté, sans oublier les quelques expats de Concern, l’autre ONG opérant dans le village. Sur un côté de ce vaste carré, trône le bar et le système de son : un « ghetto blaster » bancal, branché à une T.V. pour visionner des DVD de musique congolaise.

Protocole congolais

Protocole congolais

Le party est officiellement ouvert par le Président du comité de préparation de la fête, qui fera lecture officielle du programme officiel de la soirée : discours officiel du Project Coordonnator (P.C.), suivi du discours officiel du médecin chef de l’hôpital,  suivi du discours on ne peut plus officiel du superviseur du service de l`expat  en question, sans oublier le discours officiel du « cheuf » de groupement, pour finalement laisser la parole au jubilaire lui-même pour livrer son discours officiel d’adieu!

Vous aurez compris que le protocole et la hiérarchie sont trrrrès importants au Congo.

La fête se poursuivra, tant bien que mal, par une remise de cadeaux au fêté, puis par la distribution de la bouffe : riz et trippes de chèvre en sauce, pour le staff national, et riz et brochettes de chèvre pour les expats!  J’étais assis, naivement, avec l’ensemble du staff congolais sur mon banc de bois, mon assiette à la main, et attendant la ration distribuée par deux membres du staff. Arrivés à ma hauteur, on m’a bien fait savoir qu’il n’était pas question que je mange les tripes en sauce, et d’attendre un peu plus tard où on servirait les expats avec les brochettes! ( réputé être le meilleur plat) Quand je vous disais que la hiérarchie est importante!

Je vous avoue que cela m’a heurté passablement, ce « favoritisme », d’autant plus que les maudites brochettes étaient absolument immangeables (et je ne suis pas difficile! ), et que les tripes en sauce, ceci dit, avaient l’air bien appétissantes, quoiqu’il aurait fallu manger avec les doigts à l’africaine, car par d’ustensile pour les congolais! Une autre particularité de ces partys d’adieu : toutes les dépenses sont aux frais de…ceux qui partent!  Mais bon, s’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait pas de fête.

C`est la fête, enfin!!!

C`est la fête, enfin!!!

Mais finalement, on a eu ben du fun! La boisson s’est mise à couler, les gens à se dégeler à la faveur des tam-tams du groupe musical local et du son approximatif du système de son crachant sa musique congolaise. Belle occasion de faire la fête, de se rencontrer entre expats et staff national dans un autre contexte que le travail

Mais bon Dieu, que la hiérarchie et le protocole sont importants ici, ce qui n’est pas sans avoir des impacts dans mon travail. Mais ça, ce sera pour une autre fois!