Archive for June, 2009

Chez les pygmées

Friday, June 26th, 2009

Vendredi 8 août, visite à Sangwa, un petit village situé à quelques kilomètres de Shamwana. J’accompagne Claude, un des conseillers de l’équipe, dans ses consultations. Particularité de ce village : y vit une petite minorité de pygmées, comptant une treizaine de familles, vivant cantonnée à l’extrémité du village. Traditionnellement ostracisés car différents : ce sont avant tout des cueilleurs-chasseurs vivant dans la brousse. Durant la guerre, ils ont été particulièrement maltraités, soupçonnés tant par les Maï-Maï que par l’armée congolaise, de collaborer avec la partie adverse.

Morphologiquement, ils ne sont pas si différents que les autres congolais, à mon oeil peu exercé du moins; mais oui, légèrement plus petits ( ce ne sont pas des nains de jardin, tout de même !!!). Où la différence est frappante, par contre, c’est dans la grande misère dans laquelle ils vivent : toutes les huttes sont déglinguées et en mauvais état, leurs vêtements sales et déchirés.

Le vieil homme que nous rencontrons est le chef du quartier pygmée; il nous invite à s’asseoir sur une bûche, à l’ombre de sa misérable hutte, en compagnie de sa femme. Il a perdu 4 de ses enfants durant la guerre, ce qui l’a beaucoup affecté. Aujourd’hui, il va mieux : un autre de ses fils dont il avait perdu la trace, a été retrouvé et est revenu vivre avec lui; de plus, le plus jeune frère de Monsieur vit maintenant avec lui; il retrouve ainsi un peu de joie de vivre, et se considère bien entouré par le reste de ses enfants. Questionné sur la discrimination vécue par sa communauté, il nous apprendra qu’elle prend plusieurs formes : les autres villageois refusent qu’ils viennent jouer au foot au terrain du village; deux ans après la fin de la guerre, les enfants ne sont pas encore admis à l’école communale, parce qu’ ils sont pygmés…

Une réflexion collective avec mon équipe de conseillers est à faire, pour se donner une analyse commune de la situation et envisager une forme d’intervention collective et communautaire, au-delà de l’intervention individuelle, au demeurant encore nécessaire. Disons que cela fait partie des choses que j’aimerais faire…on verra bien si c’est possible.

Maladies mentales au programme

Tuesday, June 16th, 2009

Toujours à Kisele : tournée des cas psychiatriques…Nous poussons une petite pointe à 7 km plus loin, un autre petit bled, Katolo. Nous allons, Sofie, deux conseillers et moi, à la rencontre d’une dame psychotique, âgée de 45 ans, malade depuis 4 ou 5 ans, et qui est sous médication depuis seulement 1 mois. Comment vous dire… Au fond du village, nous découvrons une femme complètement nue, à l’exception d’un semblant de sous-vêtement, d’une malpropreté repoussante, sous un abri de paille et de bâche de plastique. Elle est assise sur le sol de terre et de sable, reconnaît mes compagnes, mais apparaît perturbée par la présence de ce nouveau « muzungu » ( blanc). Elle m’associera à un militaire – casquette et pantalon obligent- à un partisan de l’ex-dictateur Mobutu, mais finira par m’accepter dans son décor. Logorrhée, paranoïa, agitation, explosion de violence vis-à-vis son mari. À sa cheville, une chaîne de bicyclette ( ce n’est pas une coquetterie de sa part…); à l’arbre qui sert de pilier à sa hutte, un autre bout de chaîne : cette femme a été enchaînée à son arbre dans ses pires moments de crise… Shocking, indeed! ( Ph. 1 ) Que faire face à une telle situation? S’assurer qu’elle continue de recevoir la nourriture de la part de sa famille, tenter de la stabiliser avec le seul médicament disponible, l’Halopéridol, un anti-psychotique de vieille génération, et espérer que ça marche…Puis, travailler à ce qu’elle reprenne ses responsabilités auprès de son mari et de ses enfants, retourner aux champs, lui redonner une certaine place dans la communauté. En espérant que ça marche…

A Kisele même, deux autres cas : une femme encore très fonctionnelle, vivant avec mari et enfants, mais faisant des « crises », parlant en langue, se croyant ensorcelée, ostracisée par la communauté, et avec qui la même médication anti-psychotique est entreprise depuis peu. A suivre. Puis enfin, un « success story » : une femme en dépression majeure, suite à la perte de ses enfants tués à la guerre, sous médication Prozac depuis 5 mois, et qui apparaît en rémission totale.

Pour une réflexion plus poussée sur les maladies mentales en contexte traditionnel africain où la sorcellerie est le mode dominant d’explication du monde, vous me permettrez de prendre un peu d’expérience…

Monday, June 8th, 2009

La visite des villages que nous desservons se poursuit. Aujourd’hui, Kisele, patrie des joueurs de foot défaits l’autre jour par l’équipe locale. Un village tout semblable à celui de Shamwana, que nous atteignons en un peu plus d’une heure, par une route franchement chaotique par endroits. Nous y sommes accueillis par Léonard, l’infirmier titulaire (I.T.) responsable du centre de santé local. Visite des lieux : salle d’inscription et d’attente, une salle de consultation, une salle d’accouchement, une petite pharmacie et un plus grand dépôt pour les médicaments, un coin de salle un peu plus isolé où deux nouvelles parturientes se font à manger et s’occupent de leur nouveau-né ( Ph. 1). Installation de base. Les murs sont décrépis, il y fait chaud et sombre, et la propreté ne rencontre évidemment pas nos normes occidentales.

Les Centres de Santé ( C.S.) sont des institutions de l’Etat, mais évidemment, il n’y a presque pas d’Etat fonctionnel au Congo…Ce qui fait que MSF, après entente avec le Ministère de la Santé, approvisionne le C.S. en médicaments, impose ses façons de faire, soit l’accès gratuit et universel aux soins et aux médicaments (yessss!) , assure la supervision des employés du Ministère et leur paie une prime qui est leur seul salaire . Ailleurs au pays, l’inexistence des salaires versés aux travailleurs de la santé oblige les administrations locales à facturer les soins de santé. La version « hard core » du ticket modérateur et de la privatisation…ah! misère!

MSF équipera également le C.S. de latrines , d’un puits,( à bonne distance l’un de l’autre…) d’une vaste tente d’isolement en cas d’épidemie de rougeole ou de choléra ( eh! oui!), et d’une installation extérieure standard à tous les projets MSF pour disposer des déchets organiques et des seringues et objets tranchants usagés.

Ces premières journées de travail

Monday, June 8th, 2009

Mercredi, 6 août 08.Quelle chance de pouvoir profiter de la présence de Sofie durant toute la semaine, afin de faire un bon transfert personnalisé. Lundi et mardi, discussions sur les objectifs, le fonctionnement, les outils de travail du programme, son administration et la reddition de comptes à Amsterdam.

Mais aujourd’hui, mon premier véritable contact avec la réalité du travail des conseillers : ce matin, j’ai participé en tant qu’observateur à une consultation de groupe avec 12 veuves, animée par deux conseillers. En kiluba le dialecte local, évidemment. Je n’ai pas compris les mots, mais j’ai tout de même appris beaucoup! Par la suite, une rencontre avec l’ensemble des conseillers pour discuter de cas rencontrés la veille dans leur tournée de deux jours à Kishale, un des villages que nous desservons à 3 heures de mauvaise route d’ici.

En après-midi, j’ai accompagné Rigobert, un conseiller, dans deux de ses consultations à Shamwana .Wow! Le patient : un homme d’une soixante d’années, vivant le deuil de son jeune frère torturé et tué par les Mai-Mai, aux prises avec de l’hypertension +++ et un récent accident vasculaire cérébral qui l’a laissé légèrement paralysé d’un côté. La consultation se passe sous l’arbre, près de sa misérable maison de paille, en compagnie de sa femme et de sa fille, qui tout le long de l’entrevue, fabriquent la farine de manioc, en pilant la racine blanche au pilon dans un mortier de bois, et en la tamisant en différentes étapes.
 

On est en Afrique, pas à peu près!!! Pour finir la journée, une réunion de concertation entre l’équipe de santé mentale et celle de l’hôpital – médecins+nurses- pour discuter de la façon de se référer et de faire le suivi des patients avec des problèmes de santé mentale. Grosse et trippante journée!!!

Je me retrouve tout à fait dans le type de travail, mais le contexte, wow! On est dans un autre monde! Il y a plein de choses à découvrir, à explorer, à tenir compte – la sorcellerie omniprésente, les relations hommes-femmes, les traditions reliées au mariage, et tant d’autres que je ne soupçonne même pas encore- et je trouve ça super excitant!

J’imagine que je vais me « calmer le pompon » un jour, mais pour le moment, je suis encore sur un high!

Match de foot Shamwana-Kisele

Friday, June 5th, 2009

Comment décrire ce vaste happening de deux heures? D’abord, la qualité du jeu est excellente, même si tous les joueurs n’ont pas de souliers aux pieds! Et c’est du sérieux : les deux équipes arborent leurs chandails respectifs, la fougue et la rapidité sont au rendez-vous. Et les coups bas ignorés par l’arbitre également : Auguste, le nouveau médecin du Congo-Brazzaville avec qui je suis arrivé à Shamwana en a fait les frais. Il reçoit un violent coup de coude au visage, le nez lui pissant comme une fontaine. Il en a été quitte pour que je courre à l’hôpital lui chercher de la ouate pour stopper l’hémorragie!

Les spectateurs sont nombreux : hommes, femmes et enfants, applaudissant et commentant les frasques de l’un ou l’autre des joueurs. Mais alors là, quand il y a goal, la foule se rue sur le terrain en une explosion de joie indescriptible! Le spectacle de la mi-temps est incroyable : une nuée de dizaines d’enfants déambulant autour du terrain, chantant et dansant avec un rythme époustouflant . Et soudain, tout autour du terrain s’élève des sifflements de toutes sortes, ( l’équivalent de notre « Na-Na-Na-Na Yeah! Yeah! Good Bye » :-) ) annonçant la fin de la partie et narguant l’équipe de Kisele qui, vous l’aurez deviné, tire de l’arrière par un goal. Et alors là, l’explosion de joie marquant la victoire finale! La foule se précipite, félicitant les vainqueurs locaux, les adversaires sont également poursuivis d’une drôle de façon : la nuée d’enfants de la demie se remet en marche autour du terrain, et à la hauteur de l’équipe adverse, se met à sangloter bruyamment, en signe de dérision!

Hallucinant spectacle de vitalité communautaire! La vie est là, tout autour, plus forte que tout, se répandant en grandes vagues irrépressibles! Définitivement, cette communauté est en train de se remettre des traumatismes affreux de la guerre.

La visite au « cheuf »…

Friday, June 5th, 2009

La visite au chef du village aura été intéressante, à défaut d’être exotique…pas d’os dans le nez, ni cadeau de bienvenue…Après avoir traversé le village sur la route menant à Kisele, une maison de brique un peu plus grande que les autres, avec sur son terrain, un vaste four à cuire les briques de terre en pleine opération. Après quelques minutes d’attente, installés sur des chaises en bois à l’ombre d’une paillotte, arrive enfin le « cheuf ».

Dans la cinquantaine, affublé d’une casquette, l’air un peu beurré – on venait de le réveiller de sa sieste-. Après les présentations d’usage, il nous souhaitera la bienvenue et nous entretiendra en termes généraux de la communauté. Il confirmera que la situation se stabilise, que les gens commencent à s’installer; il vantera les installations de santé de MSF, qui ont amélioré la vie de ces gens autrement si isolés. Notre conversation sera interrompue par un défilé de jeunes gens chantant et dansant et se dirigeant vers le centre du village : il s’agit de l’équipe de foot de Kisele, venant affronter l’équipe de Shamwana. Ils ont fait le chemin à pied ( en courant???) depuis leur village situé à environ 13 km :ils ont l’air gonflé à bloc, c’est paraît-il la meilleure équipe de la région…Ca va chauffer ce soir…

Sur le chemin du retour, Didier nous apprendra que le chef de village est en fait le chef de groupement, une unité administrative réunissant une trentaine de petits villages des alentours. Comment est-il choisi, élu? Dieu seul le sait. Mais chose certaine, on doit maintenir des  liens avec lui,  car il peut être une source d’information.

Pour ce qui est du chef de village, – car il y en a bien un- nous ne l’avons pas encore rencontré. Le titre de chef de village se transmet de père en fils, que tu sois intègre ou complètement pourri…